`La première fois que j'ai posé les pieds sur cette terre qui m'était encore inconnue et qui me fascinait aussi tellement, je me suis senti libre. Heureux d'avoir pu traverser cet océan. Heureux d'avoir fait un pas en avant pour moi, pour eux, pour nous. Mais les mois se sont écoulés, et nous étions toujours ici. Eloignés de tous ces contacts, ces contacts qui me sont si précieux. Alors, l'attrait de la nouveauté a très vite fait place à cette sensation de solitude immense dans ce pays qui me restera toujours étranger. Les journées se suivent et se ressemblent. J'en viens presque, aujourd'hui, à oublier la passion de nos débuts. Mais que devenons-nous ? Aussi pour essayer d'oublier cette routine qui me pèse, très souvent je me refugie sur le plus haut sommet de la ville, histoire d'apercevoir au loin mon pays, mes racines, au-delà de tout ce monde superficiel. J'avais découvert cet endroit une des premières fois où nous avons visité la Ville, au moment où nous pouvions encore passés inaperçus. Je dois avouer que cette période me manque. Au moins, à ce moment là, je savais ce pour quoi je me battais, aujourd'hui je n'en ai plus la moindre idée. Ma vie devenait monotone. Enfin, jusqu'à cette nuit-là, où perdu dans mes pensés, je n'avais même pas remarqué la menace au-dessus de moi , je n'avais d'yeux que pour elle...
Elle était prostrée, complètement statique sous un lampadaire, mais je pouvais percevoir une toute autre lumière qui émanait d'elle, même de si haut. Je distinguais comme une aura en fait, était-ce la conséquence d'une fatigue accumulée au fil des mois ou alors était-ce vraiment la réalité ? Je ne trouvais de réponse à cet instant précis, mais j'avais ce pressentiment, cette sensation que j'avais besoin d'elle. Sensation étrange que je n'avais encore jamais connu auparavant. La lassitude m'avait peut être anesthésié de toute sensation. Je restais ainsi plusieurs minutes à la contempler. Elle ne bougeait pas, telle une statue. Je ne percevais alors plus le monde autour. J'étais seul au monde avec elle. Je redescendis de ma bulle quand un éclair frappa le toit, je sentis la chaleur sous mes pieds comme si je l'avais litteralement pris sur moi. Un frisson me parcoura. Et avant que je ne réalise, elle avait enfin levé la tête et avait ses yeux braqués sur moi. Je ne pouvais plus le nier, elle avait vraiment une aura différente des autres, sinon elle ne se serait jamais aperçu de mon existence. Des mois que je suis perché là-haut et encore personne n'avait jamais regarder le ciel pour contempler l'univers. Elle était différente, mais était-elle vraiment là ? J'avais encore des doutes. Je la regardais. Elle m'avait remarqué et elle me regardait à son tour. Je la vis s'avancer peu à peu jusqu'en bas de mon "chez moi" Elle semblait tellement déterminée. Je me demandais ce qui pouvait bien la guider dans sa quête. Elle ne semblait pourtant pas en état de tenir même debout. Je la voyais vaciller de plus en plus, me préparant pour le moment où elle tomberait. Elle tomba plus d'une fois, mais se releva aussi vite comme si une force innatendue avait pris possession d'elle. Les premières gouttes se fesaient ressentir, je décidais alors de me réfugier dans une espèce de petit cagibi dont les fenêtres étaient brisées, mais qui possédait au moins toujours un toit pour me protéger de la tempête à venir. Les minutes s'écoulèrent et je ne voyais toujours aucun signe de vie sur le toit. Enfin, après une bonne demi-heure, elle était vraiment là, plus proche que jamais. Je la voyais, mais elle non. Un autre bruit se mêla à la pluie et à l'orage, une musique familière, pour la bonne raison que c'était une de nos chansons.... " Ich Bin Da, wenn Du willst. Schua Dich um, dann siehst du Mich. Ganz egal, wo Du bist. Wenn Du nach mir greifst, dann halt ich Dich..." C'était la sonnerie de son portable apparement. Je n'entendis qu'à peine la conversation, je n'arrivais à déceler qu'un "Non" qu'elle hurla juste avant de jeter son telephone. Elle ne semblait plus réelle, plus humaine qu'à cet instant précis, quand je la vis s'effondrer, mais cette fois, contrairement à ces premières chutes, celle-ci était de sa volonté entière. J'aurais voulu lui faire ressentir ma présence, mais elle semblait tellement désemparée que je n'osais pas m'approcher. Je restais caché, en ne ratant pas une seule seconde pour autant. Elle semblait tellement fragile, telle une plume, elle se serait envolée si le vent avait été plus violent. Mais alors, je me serais laissé porter avec elle. Je ne voulais plus quitter sa présence. Car, malgré la douleur que j'éprouvais en la voyant ainsi, en pleurs, je ressentais étrangement un bonheur infini. Je ne me sentais plus seul au monde, comme si cet être que je n'avais jamais vu avant ce jour, constituait la réponse à mes questions, mon Tout. La pluie se fesait de plus en plus violente, mais elle ne bougeait pas. Je l'entendais à peine respirer. Elle semblait s'éteindre petit à petit. Enfin, elle se releva et scruta le moindre petit recoin, et finit par lancer " Je t'en supplies, dis moi que tu es là." Son appel était déchirant. J'étais sur le point de sortir de ma cachette quand elle fut de nouveau interpellée par cette musique... Cette fois ci, elle ne tomba pas, mais se dirigeait vers le vide. A cet instant, j'ai vraiment cru qu'elle allait sauter car chaque parcelle qui la maintenant en vie semblait s'éteindre au fil des minutes. Avant qu'elle n'y parvienne, elle tomba mais cette fois ne se releva pas. Je me précipitais jusqu'à Elle pour lui montrer qu'elle n'avait pas rêver ma présence. En la prenant dans mes bras, je lui répondis par un simple "Oui" qu'elle ne put entendre à cet instant, elle semblait déjà inconsciente. En la sentant tout contre moi, je réalisais enfin que moi non plus, je n'avais pas rêvé. Elle était bien réelle, mais à peine vivante....
La pluie avait cessé, et j'ai cru , aussi à cet instant, quand je la tenais tout contre moi, que son coeur avait lui aussi cessé. Je mis mon oreille juste devant sa bouche et distinguait, avec soulagement, un souffle, un souffle léger certes mais au moins elle continuait toujours de respirer. Je décidais de l'amener jusqu'à mon refuge, parce que même s'il ne pleuvait plus, le climat restait glacial et je ne tenais vraiment pas à la perdre, alors que je ne connaissais rien d'elle. Une fois qu'elle fut à l'abri, je me précipitais à l'extérieur afin de récupérer son portable, car depuis que j'avais découvert cet endroit, je n'emportais plus le mien . Je ne voulais en aucun cas être dérangé pendant ces moments de répit. Au sommet de la ville, personne n'était jamais venu me cherché, enfin personne avant Elle. Je la rejoignais aussi vite dans le cabanon afin de la réchauffer et aussi, maintenant que j'avais son telephone entre les mains, d'appeler du secours, et peu importe si on découvrait l'existence de mon secret , je tenais plus à sa vie qu'à n'importe quelle autre chose, même à ma propre vie. Je la repris dans mes bras et la sentit trembler . Je la serrais un peu plus fort. Une fois ses tremblements passés, je pouvais effectuer le numero des urgences, enfin avant que je ne me rendes compte que son portable ne s'allumait plus, probablement du à sa chute. Je paniquais. Il n'y avait aucun moyen d'appeler de l'aide et personne ne se doutait de ma présence sur ce toit, et encore moins de la sienne. Et si elle ne passait pas la nuit ? Je ne savais pas exactement quelle heure il pouvait être, mais je ne pouvais pas la laisser seule de peur qu'elle ne résiste pas.De plus, il n'y avait personne autour de nous. L'immeuble sur lequel nous reposions était un immeuble desaffecté depuis dèjà plusieurs années, tout comme la majorité de ceux qui nous entouraient. Je décidais alors de rester, juste là, tout contre elle, mes bras enlaçant son coeur. Les heures passaient. Son coeur battait toujours fébrilement. Le soleil commençait peu à peu à se lever. Je sentais de nouveau son corps bougeait, mais cette fois elle ne tremblait pas seulement, elle convulsait. Je n'arrivais pas à la calmer malgré tout mes efforts. Au bout de quelques secondes, elle s'arrêta toute seule. Je la tenais toujours contre moi, mais quelque chose clochait, je ne sentais plus ce petit "BOUM" tout contre ma poitrine. Son coeur avait cessé de battre. "Non, je t'en supplies. J'ai besoin de Toi" lançais-je tout en me relevant. J'entrepris alors de lui faire un massage cardiaque. J'avais appris quelque gestes il y a dèjà plusieurs années. Je lui fis du bouche à bouche pour lui insuffler de l'air tout en continuant le massage. Au bout de quelques minutes, j'entendis de nouveau son souffle fébrile. Je continuais le massage. Son coeur semblait plus vigoureux, son pouls plus vif. Je me rasseyais de nouveau près d'elle. Les heures passaient et son coeur battait de plus en plus fort. Elle trembla encore, à quelque reprises, mais le pire était passé. Je me décidais à me lever et regarder un peu ce qu'il se passait en bas, afin de trouver une personne qui saurait nous aider mais en ne la perdant pas des yeux. Les lumières commençaient peu à peu à s'allumer. Il n'y avait que très peu de commerces dans le coin, mais il en subsistait toujours. Il y avait en café à quelques mètres de l'immeuble. J'aperçus une voiture au loin qui se dirigait dans notre direction. Par chance, elle s'arrêta juste devant le café, probablement le propriétaire. Nous avions passé la nuit, mais passerait-elle une journée de plus si elle restait ici ? Je ne voulais pas courir le risque. Je me mis à hurler en espèrant que de cette hauteur, il puisse quand même m'entendre, mais rien à faire, il entra dans le café sans même s'apercevoir de mon appel. Je la rejoignis dans le refuge et mis ma main contre son coeur. " S'il te plaît, juste quelques minutes encore. Je reviens. Ne me laisse plus seul." Je déposais un baiser sur son front et me jetais dans une course contre la montre en dévalant les escaliers de secours. J'atteignais enfin le bas de l'immeuble et me précipitais vers le café afin de chercher de l'aide. En ouvrant la porte, je voyais l'homme en train de ranger les chaises.
- Appelez les secours, je vous en supplies...
- Que se passe t-il ?
- Mon amie a besoin d'aide ...
- Je les appelle immédiatement mais où est-il ?
- Non, elle. Elle est sur le toit de cet immeuble juste en face. Faites vite, je vous en supplies.
- Allo....
Je me précipitais dehors sans attendre son appel et la rejoignis en espèrant qu'il ne se soit rien passé pendant ma courte absence. Je montais et entrais directement dans notre refuge. Elle était à mes pieds, étendue, paisible . Je la regardais comme si cette nuit de cauchemards n'avait jamais existé, je ne pensais juste qu'au cadeau qu'on m'avait fait cette nuit là, le cadeau de sa prèsence. Je me blottis de nouveau contre elle en attendant que les secours viennent. Ils firent vite. Les sirènes retentirent au bout de 3 ou 4 minutes, et alors plusieurs hommes nous rejoignirent sur le toit. Elle respirait toujours. Ils entreprirent de la mettre sur une civière et de la descendre, mais alors tout s'accèlèra... Elle convulsait de nouveau, et beaucoup plus intensément que la première fois où j'ai du la réanimé. Alors les secours l'emmenèrent immèdiatement dans la fourgonnette. Sans que je n'ai pu dire quoi que ce soit , je les regardais partir , l'emmener loin de moi. Je ne pus même pas l'accompagner, les secours étant partis avant que je ne t'atteigne le bas de l'immeuble. Je m'écroulais sur le trottoir , les larmes m'échappant complètement et priant pour la revoir en vie...
THE END.
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Chapitre 3 Très bientôt, n'hésitez pas à donnez vos avis sur la fin du Chapitre 2.